Configuration de test
Windows XP Pro SP2
DirectX 9.0c
AMD Athlon XP 2500+ Barton Core
Asus A7V600
Saphirre X1950 Pro 512 MB VRAM AGP
1,5 GB RAM
2x 36 GB SCSI drives (Raid)
Il est toujours difficile d’écrire à propos de quelque chose que l’on aime. Ce n’est pas seulement une question d’objectivité, mais aussi et surtout la pudeur de partager un avis qui vous engage et dont il faut bien admettre qu’il ne sera pas forcément partagé. Exercice difficile, donc.
Dis-moi ce que tu aimes et je te dirai qui tu es. Je suis un joueur passionné. Je n’aime pas perdre de temps dans des activités futiles et non productives. Jouer est un choix que j’assume pleinement et il est donc naturel que je sois très exigeant vis-à-vis des jeux que j’utilise. Halo fait partie des rares jeux qui ont retenu mon attention depuis vingt ans. Je vais essayer d’expliquer ce que j’appelle le phénomène Halo.
Lorsque j’ai téléchargé Halo pour la première fois sur mon PC, c’était surtout pour paramétrer ma nouvelle carte graphique, une GeForce 4 Ti4600. Les créateurs du jeu, Bungie, ont choisi le scénario du “Cartographe Silencieux” qui comporte une scène d’anthologie avec le débarquement aéroporté des Marines sur une île où les attendent des escouades de Covenants, ces extra-terrestres unis par la Foi pour le Grand Voyage et déterminés à exterminer une humanité qui se dresse sur leur chemin. Ce scénario est curieusement atypique pour ce jeu dans le mesure où il se déroule en combat à l’air libre et que l’Adjudant (Master Chief) combat en collaboration avec des Marines. En effet, et c’est dommage, le reste du jeu est plus conventionnel et se déroule quasiment exclusivement dans des couloirs.
Et pourtant ce scénario a suffi à éveiller mon intérêt au point d’acheter le jeu. En effet, il combine à merveille le souffle épique du combat mené tambour battant contre un adversaire dont la diversité et la complémentarité tactique est remarquable, avec le lyrisme d’une bande originale superbe qui accompagne parfaitement chaque moment fort de l’action. C’est bien dans l’action que Halo révèle toute sa démesure au point de devenir injouable pour certains, ou fascinant pour d’autres. Et c’est plus précisément cet aspect du jeu que je souhaite décrire.
Un bon jeu comporte certes de bons éléments, mais seul un grand jeu sublime l’ensemble de ses composantes pour former un tout dynamique et homogène. Décomposer Halo en éléments séparés, ce qui est malheureusement le cas de la plupart des articles que j’ai lu (et certains sont fort intéressants!), c’est à mon avis perdre de vue l’ensemble constitué dont la réussite est indéniable et qui s’exprime dans l’action pure du combat. Si Halo était un film, on pourrait penser à Kobayashi et ses duellistes, car l’obsession est la même: l’action nue est centrale dans le récit et trouve ainsi toute sa signification.
Halo ne présente pas de message post-moderne ou apocalyptique. L’histoire est classique et c’est à bon escient. Vous incarnez le Spartan 117, l’exemple-même du soldat professionnel qui s’efface derrière sa mission et son devoir. Vous défendez certes l’humanité, mais il s’agit d’une humanité aux abois et dont les tensions internes sont aussi palpables que la menace mortelle des Covenants. L’humanité est ultra-militarisée et l’on a pas hésité à constituer les Spartans à partir d’enfants enlevés à leurs parents. L’entraînement inhumain s’accompagne de manipulations génétiques expérimentales si poussées qu’un tiers des Spartans en est la victime. Ces mesures extrêmes sont à l’image d’une humanité qui se cherche dans les profondeurs du Cosmos pour finalement rencontrer une puissante confédération extra-terrestre sur son chemin.
A l’instar des hommes, les Convenants vivent opprimés par un régime de terreur qui utilise l’idéal du Grand Voyage pour cimenter une alliance hétéroclite de races diverses. L’affrontement mortel qui oppose l’humanité aux Covenants est d’autant plus total que chacun des protagonistes sait parfaitement qu’il en va de son existence propre. C’est dans ce cadre classique de l’affrontement de deux puissances colossales que va se jouer le destin du Spartan 117.
Il est indéniable que cette toile de fond classique a contribué à donner une dimension épique à Halo. Toutefois, et c’est habile, les créateurs du jeu, Bungie, ont laissé dans l’ombre l’histoire pour se concentrer sur l’essentiel: l’action concentrée sur la perspective du combattant individuel et solitaire, en l’occurence le Spartan 117.
Dès lors, le jeu dévoile toute sa puissance. D’emblée, l’action est trépidante. Le croiseur qui transporte le Spartan est en difficulté et sur le point d’être arraisonné par l’ennemi. Les secousses secouent le navire. Les Marines sont débordés et c’est un jeu de cache-cache mortel dans les couloirs du croiseur en perdition. L’ennemi est supérieur en nombre et en armement et c’est de justesse que le Spartan parvient à s’enfuir du croiseur à bord d’une nacelle et en compagnie d’une charmante, mais mortelle, intelligence artificielle, Cortana.
La suite du récit est sans grande surprise: la capsule s’écrase sur une structure en anneau qui gravite dans l’espace. Dès lors, les quelques humains survivants engagent une guérilla désespérée contre les Covenants qui considèrent cet anneau comme la clé de leur Grand Voyage. Malheureusement, pour les uns comme pour les autres, Halo recèle un secret mortel qui n’attendait que cela pour se révéler à l’univers.
Retour à l’action. Le Spartan est protégé par une armure et un bouclier énergétique inspiré par la technologie Covenant. Loin de procurer une protection à toute épreuve, cet équipement est à la merci des armes énergétiques des Covenants. L’arsenal humain comporte un assortiment d’armes à feu vétustes, mais efficaces à condition d’en maîtriser parfaitement le maniement. Bungie a parfaitement équilibré chaque arme dans le jeu et tout est prêt pour le lever du rideau sur un affrontement sans merci et brutal.
Le débarquement du Spartan et de quelques Marines à bord du croiseur Covenant Truth and Reconciliation (La Vérité et la Réconciliation, quel nom!) est un pur moment de bravoure digne du cinéma japonais. Le Spartan virevolte et chaque coup doit porter. La porte s’ouvre sur des Elites Covenant armés d’épées Plasma et qui dédaignent les armes de jet pour se précipiter au combat au corps à corps. Les corps s’abattent et le Spartan se retrouve seul contre des dizaines d’adversaires. Les Elites bondissent et le Spartan porte le coup fatal avec un tir à bout portant de son fusil de sniper, totalement inadapté, mais dont la munition perforante perce l’armure des Elites. C’est ensuite l’enchaînement parfait entre les rafales mesurées avec le fusil d’assaut pour rassembler les Covenants derrière la phalange constituée de boucliers, et les grenades lancées dans des trajectoires parfaites. L’action est d’une violence incroyable et d’un coup le silence se fait, ponctué par le rechargement des armes du Spartan et les pulsations de son coeur affolé.
Vous l’aurez compris, la maîtrise de Halo est complexe. Chaque arme implique une pratique parfaite et une tactique appropriée. Chaque partie devient un exercice de réflexes et de virtuosité. L’intelligence artificielle est méthodique et mortelle. Point de place ici aux ruses classiques qui consistent à prendre l’IA en défaut. Les Elites sont des adversaires formidables qui orchestrent la symphonie quasi-wagnérienne de ce jugement dernier. Tout comme Hagen dans la forteresse des Burgondes, l’Elite est insensible à la peur et l’honneur est primordial. Leur uniforme en témoigne: l’or pour les Elites qui tuent au corps à corps, le Bleu pour les jeunes qui mènent l’assaut. Il y a aussi les mastodontes, les Chasseurs, quasi-invulnérables, de véritables blindés vivants qu’il faut affronter de près pour assener le coup fatal. Il faut enfin ajouter les fantassins Covenants qui se disputent l’honneur de l’arrière-garde dans le combat. Leur comportement est à l’opposé de celui des Elites et il en ressort une complémentarité incroyable au combat. L’Elite tombe, ils s’enfuient péniblement en jetant leurs armes. Il s’avance, et les fantassins se serrent autour de lui. On pense aux paysans dans les scènes de combat des 7 Samurai de Kurosawa.
Toute cette richesse est absente du mode multijoueurs dont le côté basique dissimule un incroyable challenge, à condition de prendre le temps nécessaire pour assimiler les techniques avançées du combat en ligne. Des snipers vous fauchent à peine à découvert, les chars d’assaut pilonnent les bases. Le combat au corps à corps se fait au fusil à pompe. Le drapeau est dans les mains de l’ennemi et c’est la panique. Malheureusement, toute la beauté du jeu est souvent détériorée par des joueues incompétents et grossiers qui profitent de l’internet pour insulter leurs adversaires. Mais quand les joueurs sont de qualité, alors vous allez vivre le combat en ligne de votre vie.
C’est vrai, j’adore Halo. Il représente une synthèse parfaite entre l’action pure et la réflexion instantanée. Tactique et intelligence vont de pair. Expérimentez chaque niveau avec une différente combinaison d’armes. Mettez-vous au défi et affrontez ensuite l’élite mondiale sur le web. J’ai eu l’occasion de briller parfois, mais rarement. J’ai gagné, toujours avec mes coéquipiers. Mon arme préférée : le fusil de sniper qui a signé mes plus beaux exploits. Sinon, le fusil à pompe, seul dans la base ennemie.
A vous de jouer. Halo est une fantastique expérience ludique. On peut comprendre l’engouement de ses millions de joueurs. Mais c’est aussi une école de discipline et de coopération.